On continue de dire « Renault F1 » par habitude, comme on dit encore une Twingo pour parler d’une petite voiture. Sauf qu’en 2026, l’écurie ne porte plus ce nom, ne roule plus avec un moteur Renault, et n’aligne plus aucun des pilotes qui l’ont fait connaître. Voilà ce qu’elle est devenue.
| Repère | Ce qui s’est passé |
|---|---|
| 2021 | Renault F1 Team devient Alpine F1 Team, pour porter la marque sportive du groupe |
| 30 septembre 2024 | Renault annonce qu’il ne construira pas de moteur pour le règlement 2026 |
| Fin 2025 | Dernière saison du moteur maison ; l’équipe termine 10e et dernière avec 22 points |
| 2026 | Première Alpine à moteur Mercedes, l’A526, pilotée par Gasly et Colapinto |
Pourquoi le nom « Renault F1 » a disparu des grilles
Le changement de nom remonte à 2021. Le groupe Renault a choisi de faire courir son écurie sous la bannière Alpine, sa marque de voitures de sport, pour lui offrir une vitrine mondiale plutôt que de continuer à promouvoir une marque généraliste déjà connue de tous.
La logique est purement commerciale et elle se comprend. Une écurie de Formule 1 coûte une fortune, et l’exposition qu’elle procure vaut surtout pour une marque qui a besoin d’être installée. Alpine en avait besoin, Renault beaucoup moins.
Le résultat, c’est que la recherche « Renault F1 » renvoie aujourd’hui à une entité qui n’existe plus sous ce nom, alors que la structure, elle, est toujours là, basée à Enstone comme depuis des décennies.
2026 : le vrai divorce, c’est le moteur
Le changement de nom était cosmétique. Celui de 2026 ne l’est pas du tout. Le 30 septembre 2024, Renault a officialisé l’arrêt de son programme de groupes propulseurs de Formule 1, ce qui signifiait la fin de l’activité moteur de Viry-Châtillon à l’issue de la saison 2025.
Depuis, l’équipe est cliente de Mercedes pour le groupe propulseur et la boîte de vitesses. C’est un basculement historique : pour la première fois depuis des décennies, la structure française ne conçoit plus son propre moteur et devient une équipe cliente comme une autre.
Ce choix intervient au pire ou au meilleur moment, selon le point de vue. Le règlement 2026 rebat toutes les cartes, avec des monoplaces plus compactes, une aérodynamique active et une part électrique bien plus importante dans le groupe propulseur. Développer un moteur neuf dans ce contexte coûtait très cher, sans garantie de résultat.
Les pilotes ont tous changé
Le duo qui a marqué les débuts de l’ère Alpine n’existe plus depuis longtemps. Fernando Alonso, revenu en 2021 après deux saisons d’absence, est parti chez Aston Martin dès 2023. Esteban Ocon, auteur de la seule victoire de l’équipe sous ce nom en Hongrie en 2021, court chez Haas depuis 2025.
En 2026, le baquet est occupé par Pierre Gasly, qui a prolongé son engagement jusqu’en 2028, et par l’Argentin Franco Colapinto, confirmé comme second pilote en novembre 2025. C’est un duo très déséquilibré en expérience, ce qui se lit directement dans les points marqués.
Gasly est de loin le meilleur atout sportif de l’équipe aujourd’hui. Il a décroché un podium à Monaco cette saison, sur un circuit où une monoplace moyenne peut encore créer la surprise si le pilote ne commet aucune faute.
Où en est l’équipe au classement
La saison 2025 avait été la pire de son histoire récente : dixième et dernière au championnat des constructeurs, avec 22 points. L’équipe avait fait un pari assumé en abandonnant tôt le développement de sa voiture pour concentrer ses moyens sur la réglementation 2026.
Le pari a partiellement payé. Au classement officiel des constructeurs consulté début août 2026, Alpine occupe la sixième place avec 61 points, juste derrière Racing Bulls et ses 66 points, très loin de Mercedes en tête. Le milieu de tableau se joue à quelques unités, ce qui rend chaque week-end décisif.
Le contraste avec 2025 reste net : passer de dernière du plateau à la bagarre pour la cinquième place en une saison n’est pas un détail, même si l’équipe n’est pas en position de disputer des victoires.
Trois questions qui reviennent souvent
Qui dirige l’équipe aujourd’hui ?
Après la démission d’Oliver Oakes en 2025, Flavio Briatore a pris la main comme conseiller exécutif, avec le directeur sportif Dave Greenwood sur les fonctions opérationnelles. Les noms cités au début de l’ère Alpine ont tous quitté la structure : Laurent Rossi, qui dirigeait alors Alpine, Alain Prost, qui était conseiller spécial, ainsi que Marcin Budkowski et Rémi Taffin côté technique et moteur.
Renault revient-il un jour en Formule 1 comme motoriste ?
Rien ne l’indique à ce jour. L’arrêt annoncé en septembre 2024 portait sur le cycle réglementaire ouvert en 2026, et aucun calendrier de retour n’a été communiqué depuis. Cette information n’est pas disponible à la date de cette mise à jour.
Que reste-t-il de français dans cette écurie ?
La marque Alpine, la propriété du groupe Renault, un pilote français avec Pierre Gasly, et une partie des activités de Viry-Châtillon reconverties vers d’autres programmes. Le châssis, lui, est conçu à Enstone, au Royaume-Uni, comme c’est le cas depuis l’époque Benetton.

Le Grand Prix de Monaco reste le rendez-vous où une équipe du milieu de grille peut créer la surprise
Les partenaires, ce carburant qu’on oublie
Une écurie vit de ses partenaires autant que de sa voiture. Ceux cités au début de l’ère Alpine donnaient déjà une bonne idée de la mécanique : TotalEnergies pour les carburants et lubrifiants, Microsoft côté technologies, Richard Mille et Bell & Ross sur le registre de l’image.
Ce portefeuille se renouvelle à chaque cycle, au gré des résultats et des stratégies de marque. C’est aussi pour cela qu’une saison à la dernière place coûte bien plus cher que le seul manque de primes : elle fragilise les négociations de l’année suivante.
Un mot enfin sur Red Bull, souvent associé à Renault dans les souvenirs de spectateurs. Les deux structures n’ont jamais été partenaires commerciales au sens strict : Renault fournissait les moteurs de l’équipe autrichienne, jusqu’à la fin de leur association en 2018.

Red Bull a longtemps couru avec des moteurs Renault, une association qui s’est arrêtée en 2018
Ce que j’en retiens, de mon côté du métier
Ce qui m’intéresse dans cette histoire, ce n’est pas le classement du dimanche. C’est ce que la Formule 1 laisse ensuite dans les voitures que nous conduisons tous. L’hybridation, la récupération d’énergie au freinage, la gestion électronique des transferts de charge : tout cela a été durci en compétition avant d’arriver en série.
Le règlement 2026, qui pousse encore la part électrique du groupe propulseur, ira dans le même sens. On en retrouvera la trace dans dix ans sur des modèles très ordinaires, comme on trouve aujourd’hui une hybridation légère 48 V sur une citadine de grande diffusion telle que l’Opel Corsa et sa gamme hybride.
Quant à l’équipe elle-même, je la regarde comme un dossier industriel plutôt que comme une histoire de passion. Elle a changé de nom, de moteur, de pilotes et de direction en cinq ans. Ce qui lui manque, ce n’est pas le talent, c’est la stabilité.
Sources : classement officiel du championnat du monde des constructeurs 2026 publié par la Formule 1 (consulté début août 2026) ; annonce de l’arrêt du programme moteur de Renault du 30 septembre 2024 et passage aux groupes propulseurs Mercedes en 2026 ; confirmation de Franco Colapinto comme pilote titulaire en novembre 2025 ; prolongation de contrat de Pierre Gasly jusqu’en 2028. Les classements évoluent à chaque Grand Prix : vérifiez la position du jour avant de citer ces chiffres.



